Il y a un an et demi, je suis partie vivre à Singapour.
Et à un moment, j’ai failli regretter cette décision.
Vraiment.
Parce qu’une fois sur place, j’ai découvert quelque chose que je ne pouvais pas savoir avant de partir.
Et ça m’a beaucoup fait réfléchir.
Est-ce que le fait qu’une décision ne produise pas ce que nous avions imaginé signifie forcément que nous avons fait le mauvais choix ?
C’est de ça que j’ai envie de te parler aujourd’hui.
De ces moments où nous regardons derrière nous et où, à la lumière de ce que nous savons maintenant, quelque chose qui avait du sens hier commence à ressembler à une erreur.
1. Quand une décision qui semblait juste commence à ressembler à une erreur
Mon mari a reçu une opportunité professionnelle. Une de ces offres dont on dit qu’on ne peut pas les refuser.
Il arrive en fin de carrière et ce poste représentait pour lui une très belle manière de terminer cette étape de sa vie professionnelle.
Mais ce départ supposait aussi que, moi, j’y trouve ma place.
En France, je cumulais plusieurs activités. Je suis accompagnatrice en conduite du changement et j’accompagne également des personnes en tant que psychologue et coach.
J’étais persuadée que je pourrais continuer ainsi à Singapour.
C’est seulement en arrivant que j’ai découvert que ce ne serait pas possible.
Et là, j’ai ressenti une énorme perte.
Comme si tout ce que j’avais construit professionnellement jusque là ne pouvait plus continuer de la même manière.
Et j’ai commencé à me demander :
Est-ce que nous avions eu raison de partir ?
Est-ce que j’avais suffisamment réfléchi à ce que ce changement impliquerait pour moi ?
Avec ce que je savais désormais, c’était facile de regarder en arrière et de me dire que j’aurais dû anticiper.
Mais est-ce que j’aurais réellement pu le faire ?
2. Nous jugeons parfois nos décisions avec ce que nous savons aujourd’hui
Je crois que c’est l’une des choses qui rend le regret aussi difficile.
Aujourd’hui, nous connaissons la suite.
Nous savons ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné, ce que nous avons perdu et ce que nous aurions aimé faire autrement.
Mais la personne qui a pris la décision à l’époque, ne disposait pas de toutes ces informations.
Et pourtant, quand la réalité ne ressemble pas à ce que nous avions imaginé, nous pouvons très vite nous dire :
« J’aurais dû savoir » puis « J’ai fait le mauvais choix. »
Comme si nous demandions à la personne que nous étions hier d’avoir su ce que seule l’expérience pouvait nous apprendre.
3. « J’aurais aimé que ce soit différent » ne veut pas toujours dire « j’ai mal choisi »
Et c’est là qu’une distinction me paraît importante.
Il y a peut-être une différence entre être déçu par ce qu’un choix a produit et regretter le choix lui-même.
Je peux avoir souhaité une autre issue, être triste de ce que j’ai perdu et me dire que j’aurais aimé que les choses se déroulent autrement.
Sans forcément penser que, si je revenais au moment de décider avec les mêmes informations qu’alors, je choisirais une autre route.
Certes, certains regrets peuvent aussi nous raconter autre chose.
Peut-être que nous ne nous sommes pas suffisamment écoutés. Que nous avons eu peur, ou accordé trop de place à ce que l’on attendait de nous.
Peut-être aussi que certains éléments étaient déjà là et que nous n’avons pas voulu les regarder.
Dans ces cas-là, le regret peut nous apprendre beaucoup sur notre manière de choisir.
Mais ce n’est pas la seule possibilité.
Nous pouvons aussi avoir réfléchi, nous être écoutés, avoir choisi avec sincérité et avec les informations dont nous disposions.
Et découvrir malgré tout, une fois la décision vécue, quelque chose que nous n’avions pas pu anticiper.
Alors peut-être que le regret ne dit pas toujours :
« Tu n’aurais jamais dû faire ce choix » peut-être qu’il dit simplement « Maintenant, tu sais quelque chose que tu ne savais pas encore. »
4. Et si vouloir ne jamais regretter nous empêchait aussi de choisir ?
Quand j’accompagnais des jeunes adultes en France, je retrouvais chez certains cette peur de faire le mauvais choix.
Si je ne choisis pas les bonnes études…
Si je ne prends pas la bonne filière…
Si je change d’avis…
Est-ce que je ne risque pas de le regretter plus tard ?
Derrière ces questions, j’avais parfois l’impression qu’il y avait une attente presque impossible : trouver aujourd’hui la décision qui garantirait que demain tout ira bien.
Mais comment savoir à l’avance ce que nous allons découvrir en chemin et la manière dont une situation va réellement se dérouler ?
Nous choisissons toujours depuis un endroit précis.
Avec ce que nous savons de nous, ce que nous voulons à ce moment-là, et ce que nous sommes capables d’anticiper.
Et aussi avec une part d’inconnu.
5. Une décision peut avoir du sens sans conduire à l’expérience que nous espérions
J’ai déjà vécu quelque chose de similaire dans ma vie professionnelle.
J’avais décroché ce que je considérais comme le job de mes rêves.
C’était exactement le type de poste vers lequel je voulais aller depuis longtemps.
Je l’avais vraiment voulu et j’avais fait ce qui était en mon pouvoir pour que cette opportunité devienne possible.
Puis j’ai commencé.
Et l’environnement ne s’est pas révélé aussi épanouissant que je l’avais imaginé.
Là encore, j’ai failli me dire « Je n’aurais pas dû y aller. »
Et puis je me suis rappelé quelque chose.
Au moment où j’avais choisi ce poste, ce choix avait du sens pour moi.
Je ne pouvais pas connaître complètement l’expérience avant de l’avoir vécue.
Alors est-ce que le fait que la suite ait été décevante suffisait à dire que toute la décision était une erreur ?
Je ne crois pas.
Ou en tout cas, je ne crois plus que ce soit aussi simple.
6. Nous regardons beaucoup le résultat. Peut-être pas assez le chemin qui l’a précédé.
Je trouve que, lorsque nous revenons sur une décision passée, nous regardons très vite ce qu’elle a produit.
Est-ce que ça a marché ?
Est-ce que je suis heureuse aujourd’hui ?
Qu’est-ce que j’ai gagné ?
Qu’est-ce que j’ai perdu ?
Mais peut-être devrions-nous aussi revenir à l’endroit depuis lequel nous avons choisi.
Avec ce que je savais de moi et de ma vie à ce moment-là, pourquoi ai-je pris cette route ?
Est-ce que je m’étais écoutée ?
Est-ce que cette décision correspondait à ce que je voulais alors ?
Est-ce que certaines informations étaient déjà là et que je n’ai pas voulu les regarder ?
Ou est-ce que j’ai simplement découvert quelque chose que je ne pouvais pas connaître avant de le vivre ?
Je trouve ces questions beaucoup plus intéressantes que de réduire une décision passée à « J’ai eu raison » ou « J’ai eu tort ».
Parce que je crois que nos choix ne se résument pas toujours à leur résultat.
7. Le regret peut devenir autre chose qu’un verdict sur notre passé
Je ne pense pas que nous puissions construire une vie dans laquelle nous ne regretterons jamais rien.
Et je ne suis pas sûre non plus que ce soit le but.
Peut-être que le regret peut simplement devenir une information : quelque chose qui nous aide à comprendre ce que cette expérience nous a appris et ce que nous voulons faire différemment ensuite.
L’enjeu n’est peut-être pas de ne plus jamais regretter, mais de comprendre ce que notre regret raconte réellement.
8. Et puis il y a ce que nous ne pouvions pas encore voir
Quand j’écris ces lignes, j’ai cheminé depuis mon arrivée à Singapour.
Ce que j’ai d’abord vécu comme une perte, ne plus pouvoir conjuguer mes activités comme je le faisais auparavant, a peu à peu changé de visage.
Quelque chose s’est arrêté.
Il a fallu accepter cet espace, et dans cet espace, autre chose a commencé à prendre place.
Entre Ici & Ailleurs est né.
Je ne raconte pas cela pour me dire qu’au fond tout était écrit, ou pour prouver que partir à Singapour était forcément « le bon choix ».
Je ne pouvais simplement pas voir, au moment de partir, toutes les routes qui pourraient naître de cette décision.
Et c’est ça qui m’intéresse aujourd’hui.
Une décision nous met en chemin, puis la vie se charge parfois de le déplacer, de le détourner, de fermer certains passages et d’en faire apparaître d’autres.
Nous ne pouvons pas tout connaître lorsque nous choisissons.
Mais nous pouvons continuer à regarder ce qui se passe en nous, apprendre de ce que nous vivons et réajuster notre chemin.
Merci d’être là et de me lire 🤍
Alors, si vous repensez aujourd’hui à une décision que vous regrettez, peut-être pouvez-vous vous demander :
Est-ce vraiment le choix que je regrette ? Ou est-ce que je juge aujourd’hui la personne que j’étais alors avec ce que je sais désormais, et qu’elle ne pouvait pas encore savoir ?
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C'est une belle leçon d'indulgence envers soi-même. On prend des décisions avec les informations dont on dispose au moment présent.
Cela m'évoque aussi le quatrième accord toltèque : faites toujours de votre mieux, en adaptant les actions au contexte. On ne peut pas toujours être au top, prendre les meilleures décisions possibles mais on avance dans la vie avec le contexte qui est le nôtre.
Ça n'évite pas les regrets. Mais ça les apaise.
Merci pour ce partage. Il m'a interpellé parce que tu dis "Je ne pense pas que nous puissions construire une vie dans laquelle nous ne regretterons jamais rien." je l'entends et je me demande pourquoi je dis souvent "je ne regrette jamais rien" (un peu comme Edith Piaf) et je construis ma vie comme ça.
Et j'ai compris. En fait c'est ce que tu dis aussi, une vie sans regret, ce n'est pas une vie sans erreurs ni pertes. C'est une vie où chaque choix fait avec sincérité, depuis ce qu'on savait alors, reste juste, même quand la suite surprend, déçoit ou fait souffrir.
Je pense qu'à cause de certaines décisions prises qui m'ont fait souffrir, je me suis apprise à vivre avec cette idée qu'une décision n'a que deux issues : être bien avec, ou en tirer des leçons. Chaque choix a eu ses raisons d'être à un instant T. Ce qui en découle est imprévisible.
Et quand l'imprévisible nous pousse à tirer des leçons, il faut de la force mentale pour les accepter. C'est là que ton métier est si nécessaire, dans une société qui condamne plutôt qu'elle n'encourage.