Pourquoi remettons nous si facilement notre existence en question ?
Face à cette table dressée pour deux, je me suis demandé ce que nous cherchons vraiment à préparer avant une rencontre.
Est-ce notre apparence ? Ou la peur de ne pas être assez ? Ou les deux ?
Puis mon regard s’est posé sur les arbres autour de moi.
Il y a des arbres auprès desquels j’aime me recueillir. En touchant leurs écorces, tantôt lisses, tantôt rugueuses, je me suis surprise à leur dire intérieurement qu’ils n’ont pas peur de décevoir.
Ils n’ont pas besoin d’être parfaits pour que l’on fasse attention à eux.
Ils n’ont pas besoin de démontrer leur valeur parce qu’ils sont eux-mêmes.
Les arbres nous offrent leur présence.
Dans cette présence, il y a la réassurance d’une solidité. Plus un arbre devient vieux et plus il devient le gardien des autres.
Les arbres grandissent et se développent au fur et à mesure des années, traversent les cycles et les saisons. Ils peuvent être frappés par la foudre et ils vont alors isoler la zone et continuer à grandir en intégrant cette cicatrice dans leur morphologie.
La cicatrice reste visible. Et c’est là où je me suis arrêtée. Parce qu’en observant les arbres, je ne vois aucun d’entre eux remettre en question leur existence à cause d’une cicatrice.
Je ne vois aucun arbre douter de sa place parce qu’il a été frappé par la foudre. Je ne vois aucun arbre chercher à cacher ce qui l’a traversé. La blessure change sa forme. Elle ne remet jamais en question son droit d’être là.
Là où nous autres, êtres humains, aurions tendance à vouloir camoufler la cicatrice pour ne pas paraître vulnérables à l’autre.
Nous autres cherchons souvent à ne pas décevoir. Comme si l’amour, la reconnaissance ou la place que nous occupons auprès des autres pouvaient nous être retirés.
Alors nous apprenons à nous protéger. Et parfois, à force de nous protéger, nous finissons par nous éloigner de nous-mêmes.
Il y a dans toute transition cette insécurité.
Changer de métier.
Déménager.
Se remettre dans les études.
Toutes ces transitions démarrent dans la solitude de l’entre-soi. Cet endroit où personne ne peut décider à notre place. Cet endroit où nous nous retrouvons seuls face à nous-mêmes.
Les arbres semblent savoir où trouver ce dont ils ont besoin. Ils communiquent entre eux et s’entraident lorsque l’un d’entre eux est en souffrance. Il y a un réseau souterrain de nutriments qui leur permet de s’entraider.
Nous, lorsque nous traversons une transition, nous ne savons pas toujours vers qui nous tourner. Il arrive même que nous cherchions longtemps avant de trouver l’endroit où déposer nos doutes.
Et le plus extraordinaire dans tout cela est que j’ai toujours regardé les arbres comme des êtres seuls. Et maintenant je réalise que c’est ma propre solitude que je leur confiais lorsque je devais prendre de grandes décisions.
Et j’ai toujours eu une réponse. En me confiant à eux et en m’adossant à eux, il y a une forme d’apaisement qui s’instaure et je bénéficie de leur solidité. Je ne ressens pas la peur d’être rejetée ni celle de perdre un statut à leur contact.
Je ne ressens pas la peur de décevoir.
Il y a une forme d’acceptation qui m’apprend d’abord à me regarder et ressentir à l’intérieur de mon corps où ça coince. Et je crois que c’est peut-être cela qu’ils me transmettent. Ils me rappellent quelque chose que j’oublie parfois. Une blessure peut me changer sans jamais retirer ma légitimité à exister.
Je peux être marquée et continuer d’appartenir pleinement à la vie. Ils me transmettent la capacité à continuer d’exister sans remettre en question mon droit d’être là.
Je n’ai jamais vécu de transition sans la nécessité de revenir à l’intérieur de mon ressenti. C’est dans mon corps que les changements s’incarnent et je crois que c’est là ou les arbres m’aident. Ils me communiquent leur force de solidarité, sans retour. En les regardant, je réalise que je fais souvent l’inverse avec moi-même.
Je regarde parfois certains événements de ma vie comme des ruptures, des endroits où quelque chose s’est arrêté. Alors mon regard se tourne vers ce qui n’a pas eu lieu, vers celle que j’aurais pu devenir.
L’arbre, lui, continue de pousser à partir de l’endroit exact où la vie l’a laissé. Il ne négocie pas avec ce qui a été. Il n’attend pas que sa blessure disparaisse pour recommencer à grandir.
Peut-être que l’acceptation commence là, dans cette capacité à poursuivre son chemin sans exiger de redevenir celle ou celui que l’on était avant.
Peut-être que le trésor est là, lui aussi. Dans cette manière de se tenir auprès de soi comme on se tiendrait auprès d’un vieil arbre, sans exiger qu’il soit différent et sans lui demander d’effacer ses cicatrices.
Chaque fois que je me suis accordé cette présence, quelque chose s’est adouci en moi. Et j’ai compris que revenir à moi-même n’était pas revenir en arrière.
C’était retrouver l’endroit à partir duquel je pouvais continuer à grandir.
Lorsque l’on s’éloigne de soi-même, je vous communique d’autres articles si vous souhaitez aller plus loin:




The part that stayed with me was the contrast between how trees carry their scars and how people often feel they need to hide theirs. I liked that the essay wasn't really about trees. It was about the way we so easily question our own worth after difficult experiences, while nature simply continues to grow from where it stands. I thought that was a beautiful perspective. Thank you for sharing it.