En écrivant “enraciner”, j’ai fait une faute de frappe et j’ai écrit “enraCIDer”.
Sur le moment, j’ai souri. Puis je me suis arrêtée. Car ce mot qui n’existe pas semblait pourtant raconter quelque chose de profondément vrai.
J’y ai entendu la rencontre entre la racine et l’aridité.
Comme si certaines parties de nous, lorsqu’elles manquent d’eau, de présence, d’amour, de reconnaissance ou de sens, devenaient progressivement sèches. Et lorsque cette sécheresse intérieure s’installe, la colère apparaît souvent.
Longtemps, j’ai cru que la colère était le problème. Aujourd’hui, je la vois autrement.
La colère est rarement la source. Elle est le signal. Elle est l’énergie qui se manifeste lorsque quelque chose, en profondeur, se sent privé de ce qui lui est essentiel. Elle révèle un manque, une séparation, une déconnexion de soi-même.
Comme une rivière dont le cours aurait été entravé. Lorsque l’eau ne circule plus, la pression augmente. Lorsque l’énergie de vie ne trouve plus son chemin, elle se transforme parfois en colère.
Alors l’enjeu n’est plus de lutter contre elle ou de chercher à la faire disparaître. L’enjeu est d’aller rencontrer ce qu’elle protège. D’écouter ce qui, en nous, demande à être nourri.
C’est là que commence ce que j’appelle la dissolution alchimique. Non pas transformer la colère en quelque chose d’autre, mais libérer l’énergie qu’elle contient.
Car derrière chaque colère se trouve une force de vie immobilisée. Derrière chaque manque se cache une ressource oubliée. Derrière chaque aridité demeure une source qui attend d’être retrouvée.
Comme les arbres qui plongent leurs racines dans les profondeurs pour trouver l’eau invisible, nous pouvons nous aussi apprendre à descendre en nous-mêmes. Non pour nous enfermer dans nos blessures, mais pour retrouver ce qui nourrit notre croissance.
Alors la colère cesse de brûler. Le manque cesse de définir notre existence. L’énergie recommence à circuler. Et les racines, loin de nous immobiliser, deviennent le point d’appui de notre expansion.
Peut-être que « enraCIDer » signifie cela : Dissoudre et alchimiser la colère en conscience. Et faire de cette terre autrefois stérile un terreau fertile pour grandir, créer, aimer et contribuer au monde.
Comme les racines qui cherchent l’eau sans la voir, il existe en nous une intelligence plus profonde que la seule réflexion. Une intelligence qui sait reconnaître ce qui nourrit et ce qui assèche, notre intuition.
Alors la question n’est peut-être pas : « Que dois-je comprendre de plus ? » mais plutôt : « Qu’est-ce qui, en moi, demande à être ressenti ? » « Où se trouve ma source aujourd’hui ? » « Qu’est-ce qui me donne de l’énergie, de la présence, de l’élan ? »
Lorsque notre monde intérieur s’assèche, la colère peut apparaître. Longtemps, j’ai cru qu’elle était un obstacle, une force à contenir ou à combattre. Aujourd’hui, je la ressent autrement.
La colère surgit lorsque quelque chose en nous manque d’eau, de reconnaissance, de sens, de mouvement ou d’amour. Elle nous informe que l’énergie de vie ne circule plus dans toutes les parties de notre être.
Alors, au lieu de chercher à l’éteindre, j’apprends à l’écouter. Non pas pour la laisser gouverner mes actes, mais pour entendre ce qu’elle tente de protéger. Car derrière la colère se cache souvent une énergie de vie immense. Une énergie qui cherche un passage.
Comme le compost au pied des arbres, ce qui semble d’abord rude, encombrant ou inconfortable peut devenir une ressource précieuse. Les feuilles mortes ne sont pas rejetées par la forêt ; elles sont transformées. Elles retournent à la terre et participent à sa fertilité.
Car la colère est rarement le point de départ. Elle est souvent une protection. Une armure construite autour d’une blessure, d’une partie de soi qui s’est sentie privée de quelque chose d’essentiel.
Lorsque nous restons uniquement au niveau de la colère, nous luttons contre les symptômes. Lorsque nous descendons jusqu’au manque, quelque chose de plus profond devient accessible.
Alors une dissolution et une transformation peuvent s’opérer : l’énergie qui était mobilisée pour se défendre, résister ou combattre se libère progressivement et redevient disponible pour créer, aimer, choisir et agir.
Et si les fissures de votre n’étaient pas des failles à réparer, mais des ouvertures par lesquelles votre or intérieur cherche à apparaître ?
Nous passons notre vie à vouloir réparer ce qui nous semble cassé. Et si nous regardions autrement ? Et si nos périodes de manque, de doute, de transition ou d’aridité recelaient un trésor invisible ?
J’écris pour explorer ces territoires. J’écris pour révéler l’or caché dans nos espaces de transition.




Elle fait beaucoup de bien cette poésie des émotions ! :)